Que s’est-il passé en Syrie avec Lafarge? Simple : il s’est associé avec des djihadistes. Mais il a fait beaucoup plus. 

L’ex-patron du groupe LafargeHolcim, Eric Olsen, a été mis en examen dans l’enquête sur le financement par le cimentier de groupes djihadistes en Syrie, dont l’État islamique (EI), nous apprend L’Express en date du 8 décembre 2017. Pour quelle raison? Parce que le plus grand fabricant mondial de matériaux de construction avait soudoyé ces groupes djihadistes pour qu’ils lui permettent de maintenir son usine syrienne en activité.

Ce qui s’est réellement produit en Syrie

En 2011, peu après le début de la guerre civile en Syrie, divers groupes d’insurgés avaient commencé à se déployer dans les environs de l’usine qu’opère LafargeHolcim, située dans le centre-nord de la Syrie, à 6 km au sud de la frontière turco-syrienne. Mais contrairement à d’autres compagnies, Lafarge n’a jamais voulu abandonner les lieux et mettre la clé sous la porte. Lui restait donc qu’une possibilité : tenter de convaincre les insurgés de maintenir l’usine opérationnelle en leur offrant de l’argent en contrepartie d’une promesse de rester à l’écart des lieux. C’est le journal Le Monde qui avait divulgué toutes les informations sur cette affaire en juin 2016. Ce qui avait incité le parquet de Paris à ouvrir une enquête préliminaire en octobre de la même année. Finalement, une plainte a été déposée par le ministère français des Finances et une enquête officielle a été ouverte en juin 2017. Les accusations : financement du terrorisme. Mais il y a plus : l’entreprise aurait présenté de faux documents comptables au gouvernement français afin de dissimuler les pots-de-vin qu’elle avait versés aux insurgés.

LafargeHolcim a été formée en 2015 par une fusion de Lafarge, basée en France, et Holcim, une entreprise suisse. Elle compte 120 000 employés dans près de 100 pays à travers le monde. Or, pendant un temps, la compagnie franco-suisse remettait chaque mois 100 000 dollars à divers groupes armés, dont le Front al-Nusrah, à l’époque affilié à Al-Qaida, et l’État islamique (EI), qui recevait à lui seul 20 000 dollars. Celui-ci aurait obtenu, en tout, 509 694 dollars de la filiale syrienne du groupe Lafarge. Ces paiements se seraient étendus sur une période de deux ans, soit de juillet 2012 à septembre 2014. Au total, 5,56 millions de dollars auraient été versés par l’entreprise à des factions armées en Syrie.

Ces versements seraient passés par l’homme d’affaires Firas Tlass. C’est à lui que Lafarge remettait chaque mois les fameux 100 000 dollars. Outre ces versements, Lafarge Cement Syria a payé des rançons pour la libération de quelques otages de confession alaouite, un service rendu au gouvernement de Bachar el-Assad. Firas Mustafa Tlass est un homme d’affaires syrien et membre d’une importante famille qui entretenait d’étroites relations avec l’ancien président syrien Hafez al-Assad. Mais ce qui peut paraître bizarre, ici, c’est qu’en 2012, Tlass disait vouloir financer une armée rebelle pour combattre le gouvernement Assad. Pourquoi ce retournement de situation? L’odeur du fric? 

Pour ses besoins en matière de transport, Lafarge a dû acheter du pétrole à l’EI, lequel était, au milieu du conflit, l’un des gros fournisseurs de cette matière en Syrie. Mais ce n’est pas tout : le cimentier a aussi vendu du ciment au groupe terroriste, si l’on se fit à une notification estampillée par son responsable financier. Un dossier chaud qui n’a pas fini de faire couler de l’encre chez les médias occidentaux.

Soutien à l’Irak de Saddam Hussein

Marianne Gasior, lanceuse d’alerte et ancienne avocate de la compagnie Kennametal, soutient que le groupe Lafarge a fourni des services « clés en main » au réseau d’exportation d’armes à destination de l’Irak de Saddam Hussein. Lafarge possède 2 600 acres de terrain sur la péninsule de Marblehead, au lac Érié, en Ohio. Cette propriété abrite — ou abritait —, selon Gasior, une usine de munitions connue simplement sous le nom de Centre de pièces d’artillerie (Ordnance Center). Or, la lanceuse d’alerte affirme que la CIA s’est servie de la propriété comme point de transbordement pour les livraisons clandestines d’armes et d’équipement militaire à destination de l’Irak durant les années 80, et peut-être même après l’entrée en vigueur de l’embargo américain décrété le 5 août 1990.

De Marblehead, les cargaisons étaient transportées à bord de navires de charge sur le fleuve Saint-Laurent, au Canada, lesquels navires se faufilaient sur l’Atlantique jusqu’au Royaume uni, où une filiale de Kennametal faisait passer le chargement pour de la marchandise fabriquée en Europe. Le tout était exporté vers l’Irak. Pas une seule fois, selon Gasior, ces chargements n’ont attiré l’attention des contrôleurs aux postes-frontière américains, la CIA assurant l’« immunité » des équipages. Quand l’affaire s’est ébruitée, le secrétariat à la Justice a été invité à enterrer l’enquête. À cause de la CIA? Probablement, mais peut-être aussi parce qu’une certaine Hillary Clinton avait été membre du conseil d’administration de Lafarge de 1990 à 1992, donc à l’époque des faits, et parce que Lafarge était l’un des clients de la même Clinton lorsque Madame était à l’emploi de la firme Rose Law Firm, de Little Rock, en Arkansas.


Sources

L’Express

Libnanews

Médiapart

Le Journal de Montréal #1 et #2 

zamanalwsl.net

Gulfweb.org

Intel News