Ayman al-Zawahiri, le chef d’Al-Qaida, a été maintes fois la cible de l’armée américaine.

L’homme nargue les États-Unis et le monde entier depuis les seize dernières années. L’ex-bras droit d’Oussama bin Laden, devenu numéro un d’Al-Qaida depuis la mort de ce dernier, échappe toujours à ses poursuivants. Ayman al-Zawahiri, comme son alter ego de son vivant, mène une vie souterraine, peut-être au Pakistan, sans doute dans les régions tribales situées à la frontière de l’Afghanistan. Et même s’il multiplie les sorties (vidéos, enregistrements audio, etc.), on aurait tort de croire qu’il représente une cible facile. Car le docteur reste prudent, à tel point que les services de renseignements n’ont toujours aucune piste de sérieuse en ce qui le concerne.

À l’évidence, depuis qu’il figure sur la liste des hommes les plus recherchés de la planète, Zawahiri a pris des mesures de sécurité à double tour. Comme le faisait bin Laden, il ne communique que par messagers interposés et il ne fait confiance, semble-t-il, qu’à des Arabes — des Égyptiens surtout —, et non à des autochtones, afghans ou pakistanais. Si le docteur se méfie, par nécessité, des téléphones portables, il a parfois tenté, malgré tout, de prendre contact avec des membres de sa famille en Égypte à l’aide de ces appareils pourtant faciles à détecter.

Il est vrai par contre que depuis l’apparition de l’État islamique dans le décor du terrorisme international, le numéro un d’Al-Qaida, même si sa tête a été mise à prix pour 25 millions de dollars, ne figure plus dans les priorités de la CIA, encore moins de la Maison-Blanche. Mais on le traque toujours, même si, en réalité, la chasse à l’homme dans les régions tribales du Pakistan revient à tenter de traverser l’Atlantique à la nage.

Une première chance de le capturer s’est offerte à la CIA le 28 février 2003. L’Égyptien devait ce jour-là rencontrer Khalid Sheikh Mohammed, le présumé cerveau des attentats du 11 septembre 2001, dans une voiture à Peshawar. À cette époque, c’est sur KSM, comme l’appellent les initiés, que la CIA concentrait ses efforts, et un informateur avait prévenu l’agence que le troisième plus haut gradé d’Al-Qaida devait se trouver à Rawalpindi au lendemain de cet important entretien. Mais dans l’intervalle, ce sont les Pakistanais et non les Américains qui ont réussi à mettre la main sur KSM. Zawahiri, lui, a disparu dans le brouillard par enchantement. Sheikh Mohammed a ensuite été transporté en Pologne dans une prison secrète de la CIA afin d’y être interrogé. Il a admis, sous la torture, avoir effectivement rencontré al-Zawahiri, mais il s’est bien gardé de révéler plus de détails.

Une deuxième chance de mettre la main sur le nouveau chef d’Al-Qaida est survenue à la mi-mars 2004. Un informateur, encore une fois, avait fourni des renseignements à la CIA sur la présence d’un refuge d’Al-Qaida situé dans la région montagneuse du Waziristan du Sud, au Pakistan, où Zawahiri devait se rendre. Ces informations, la CIA les a transmises à l’armée pakistanaise, qui s’est par la suite activée à bombarder le village d’Azam Warzak, près de la frontière afghane. Or, si Zawahiri se trouvait bel et bien dans les environs, il a réussi, une fois de plus, à s’en sortir indemne et à s’enfuir vers des terres moins hostiles. Entre autres à Mir Ali, au Waziristan du Nord, où il a passé quelques jours avant de gagner Bajaur, dans les régions tribales.

En mai 2005, la CIA a réussi un coup de maître en mettant la main sur un high value detainee, un « détenu de grande valeur », du nom d’Abou Faraj al-Libi, que les responsables du renseignement pakistanais venaient de capturer près de Peshawar. Al-Libi, alors chef des opérations et des communications d’Al-Qaida, s’apprêtait à livrer un message à al-Zawahiri en mains propres. C’est pourquoi la CIA s’est beaucoup fiée à lui pour qu’il fournisse des informations de premier plan. Un homme aussi important dans la hiérarchie d’Al-Qaida devait pouvoir cracher le morceau. Ce fut pourtant un coup d’épée dans l’eau. Escorté tout comme Khalid Sheikh Mohammed dans une prison secrète de la CIA, al-Libi a refusé de divulguer toute information sur al-Zawahiri et bin Laden. Même torturé, il n’a rien laissé transpirer de ses activités en compagnie des deux hommes, encore moins de leurs allées et venues.

Transportons-nous maintenant en 2006, plus exactement le 13 janvier. Cette journée-là, la CIA, avec l’aide de l’ISI pakistanaise (les services de renseignements), a lancé un raid aérien sur le village de Damadola, près de la frontière afghane, où un rassemblement de militants d’Al-Qaida était prévu. Un raid aérien à grand renfort de missiles tirés à partir de drones qui ont fait 18 morts, dont quelques membres de l’organisation terroriste; mais aucune nouvelle d’al-Zawahiri, qui avait décidé, à la dernière minute, de déléguer des seconds. Plus tard, le cheikh égyptien s’est moqué du président Bush dans une vidéo à l’humour grinçant. Encore une fois, l’Amérique subissait une humiliation sur la place publique.

Les services de renseignement américains savaient aussi que Zawahiri avait passé du temps dans la maison d’un gouverneur à Kohat, dans la province du Khyber Pakhtunkhwa. L’homme fort d’Al-Qaida aurait versé au gouverneur l’équivalent de 40 000 dollars pour sa protection. Avant Kohat, Zawahiri s’était niché à Wana, la plus grande ville du Waziristan du Sud. La Defense Intelligence Agency (DIA) avait communiqué l’information aux Pakistanais et l’ISI s’était alors arrangé pour que Zawahiri s’évade, laissant les autorités procéder à des arrestations mineures

En août 2008, le réseau américain CBS donnait de faux espoirs à des millions de téléspectateurs en faisant paraître une nouvelle selon laquelle al-Zawahiri devait être traité d’urgence. Selon une lettre que le réseau américain avait obtenue d’une source anonyme au Pakistan, le docteur devait être soigné pour une vilaine blessure qu’il aurait subie lors d’un autre bombardement américain effectué une fois de plus dans le village d’Azam Warzak, au Waziristan du Sud. Pas de chance, un porte-parole des talibans allait révéler à l’Associated Press que la rumeur sur l’état de santé du nouveau chef d’Al-Qaida était infondée et que le principal intéressé se portait plutôt bien.

Une dernière possibilité de capturer le docteur s’est offerte à la CIA grâce à un informateur du nom de Humam Khalil Abou-Mulal al-Balawi. C’était le 30 décembre 2009. Balawi, médecin proche des cercles islamistes mais devenu informateur pour le renseignement jordanien, selon la ligne officielle, s’était rendu comme convenu à la base opérationnelle avancée du nom de Chapman, à Khost, en Afghanistan, où il avait été invité. Il devait y rencontrer des officiers de la Special Activities Division, de la CIA, pour leur communiquer des informations permettant de remonter jusqu’à Ayman al-Zawahiri. Comment cela était-il possible? Parce que Balawi agissait à titre de médecin auprès de ce dernier, lui qui, semblait-il, souffrait de diabète. D’où l’invitation des responsables de Chapman, qui, étonnamment, avaient attendu leur prospect avec un gâteau d’anniversaire.

Arrivé sur la base, al-Balawi, en sortant de la voiture, n’a pas perdu de temps pour déclencher le détonateur de la bombe qu’il avait dissimulée dans ses vêtements. Le bilan fut catastrophique pour le renseignement américain : cinq officiers de la CIA ont été tués sur le coup ainsi que deux gardes de sécurité de la firme Xe, l’ex-Blackwater. En réalité, Balawi n’était autre qu’un agent double au service d’Al-Qaida.


Sources

Fox News

Wikipedia

Site Intelligence Group

Brookings Institution

Downrange