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Extrait de mon livre 11-Septembre, 20 ans après : la vérité, les mythes*.

Le 14 décembre 1999, Ahmed Ressam, du Groupe islamique armé, le GIA, prit le transbordeur M/V Coho à Victoria, en Colombie-Britannique, en direction de Port Angeles, dans l’État de Washington, sous un nom d’emprunt, Antoine Benni Norris, et muni de papiers d’identité du Québec. À Victoria, il passa les contrôles du U.S. Immigration and Naturalization Service avec succès avant de monter à bord du transbordeur pour une traversée de 90 minutes. À Port Angeles, le passage fut plus difficile. L’inspectrice des douanes américaines, Diana Dean, demanda à l’Algérien de sortir de la voiture, soupçonnant que quelque chose n’allait pas chez lui. Tandis qu’il remplissait un formulaire de déclaration, Ressam vit un autre inspecteur fouiller sa Chrysler.

À sa grande surprise, le douanier y découvrit tout un arsenal de produits chimiques : dix sacs à ordures contenant 54 kilos d’urée, une substance chimique utilisée entre autres pour fabriquer des engrais et des explosifs; deux bouteilles remplies d’un autre composant chimique, la méthénamine, servant à produire des explosifs; deux sacs de plastique remplis de sulfate d’aluminium, utilisé principalement comme déshydratant; deux pots contenant un kilo et demi de triéthylène glycol, un liquide deux fois plus puissant que le TNT; et quatre dispositifs opérationnels de synchronisation servant à provoquer une détonation.

Ressam réussit à s’enfuir, mais fut rattrapé alors qu’il tentait de monter à bord d’une voiture immobilisée à un feu rouge. On apprit cette journée-là que l’Algérien avait été chargé de commettre un attentat à la bombe contre l’aéroport international de Los Angeles à la veille de l’an 2000.

Au pays des merveilles

Le parcours d’Ahmed Ressam est truffé d’incohérences bureaucratiques. Comme Omar Abdel-Rahman, il put se soustraire aisément aux griffes des autorités, dans ce cas-ci des autorités canadiennes, trop imprégnées de culture permissive. Ressam entra au Canada le 20 février 1994 à l’aide d’un faux passeport français au nom d’Anjer Tahar Medjadi. Quand les fonctionnaires de l’immigration de l’aéroport international de Montréal le questionnèrent sur ce passeport, Ressam révéla sa vraie identité pour ensuite effectuer une demande de statut de réfugié. Afin de gagner sa cause, il déclara au bureau de l’immigration qu’il avait subi la torture en Algérie et qu’il risquait d’être tué s’il y retournait, ce qui était une fausse information employée comme subterfuge.

Sa demande de statut de réfugié fut néanmoins rejetée le 6 juin 1995. Il fit appel de la décision, mais fut débouté une fois de plus. Or, au Canada, il est facile, semble-t-il, de se dérober à la justice. Le dossier Ressam traîna donc en longueur et il fallut attendre trois ans, soit le 4 mai 1998, pour que Citoyenneté et Immigration Canada décide de lancer un mandat d’arrêt à l’endroit de l’Algérien. Mais à ce moment, notre homme se trouvait en Afghanistan dans un camp administré par Al-Qaida. Malgré tout, il put rentrer sans problème au « pays des merveilles », muni d’un (autre) faux passeport au nom d’Antoine Benni Norris.

Favorisé par la providence – ou par l’inconscience politique –, Ressam put soutirer des chèques de l’aide sociale pendant cette période, ce qui s’ajoutait aux revenus obtenus grâces aux vols à l’étalage qu’il commettait ici et là. En tout, il fut arrêté quatre fois, mais ne fut jamais emprisonné pour ces fautes. En 1999, l’Algérien traînait à sa suite un dossier criminel pour des vols perpétrés dans au moins deux provinces canadiennes et un mandat pour immigration illégale. Pourtant, il put déambuler en toute quiétude dans les rues de Montréal.

À l’époque, le Canada comptait environ 100 000 ordonnances d’expulsion. Sur des milliers d’Algériens illégaux, seulement quelques dizaines étaient expulsés chaque année. Pas surprenant qu’avec un tel curriculum, le pays n’avait pas les moyens de régler le cas de Ressam.

Fausses notes au Service canadien du renseignement de sécurité

En coulisses, le Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS) monta un dossier de quatre cents pages sur la filière algérienne de Montréal. Parmi les hommes qui en faisaient partie, Ressam était considéré comme le moins susceptible de constituer une menace sérieuse.

Jouant la carte de la passivité, le SCRS ne jugea pas utile de partager les informations avec la police locale ou avec les fonctionnaires de l’immigration qui, faut-il le répéter, avaient lancé un mandat d’arrêt à l’endroit de Ressam. C’est peu dire, donc, que l’agence de renseignement rata son rendez-vous. Car ce qu’elle ignorait, c’est qu’un recruteur du nom d’Abderraouf Hannachi avait appelé Abou Zubaydah, l’un des responsables de l’administration des camps d’Al-Qaida en Afghanistan, pour lui dire qu’il avait déniché une perle rare. Le nom de cette perle? Ahmed Ressam, qui d’autre.

C’est à ce moment que celui-ci se rendit en Afghanistan pour prendre part aux nombreuses formations offertes dans les camps d’Al-Qaida. Pendant ce temps, le juge français Jean-Louis Bruguière, expert dans la traque de terroristes, avait fait arrêter un certain Fateh Kamel en Jordanie au courant de l’année 1999. Kamel était l’un des dirigeants de la filière algérienne en France qui avait étendu ses tentacules jusqu’à Montréal. Le juge avait persuadé les autorités jordaniennes d’arrêter Kamel et de l’extrader en France pour qu’il réponde à des accusations d’avoir participé à des complots terroristes. Mais il voulait aller plus loin, souhaitant faire table rase sur les complices de Kamel à Montréal. Il frappa un mur.

Les agents du SCRS ne voyaient rien d’alarmant dans le dossier qu’ils avaient monté sur la cellule. Pour eux, aucun de ses membres ne constituait une véritable menace pour la sécurité des Canadiens. Ce qu’ils n’osaient dire, par contre, c’est qu’ils avaient effacé toutes les informations contenues dans le dossier de quatre cents pages.

Le service canadien, pourtant, avait confirmé, dans une note confidentielle rapportée par l’auteur et journaliste Richard Labévière, ce dont un peu tout le monde se doutait : « Plus d’une cinquantaine de groupes terroristes auraient exploité le système d’immigration canadien pour installer des bases opérationnelles sur le sol de la fédération. Une des principales causes de cette sanctuarisation nord-américaine réside dans le fait que nous sommes le seul des pays développés à partager une frontière avec les États-Unis, une des cibles prééminentes du terrorisme au monde. Son ouverture et son respect des droits et libertés font du Canada un endroit attrayant où installer ce type de structures ».

Alors pourquoi toutes ces tergiversations au sujet de Ressam?


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