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Le conflit syrien a coûté plus d’un milliard au Canada. Or, dix ans plus tard, celui par qui tout a commencé règne toujours.

C’était il y a dix ans. L’avenir semblait sombre pour le président-dictateur de la Syrie, Bachar al-Assad. Le Printemps arabe allait sonner le glas des gouvernements tunisien, égyptien et yéménite, et on se demandait dans les chancelleries occidentales si la Syrie allait être la prochaine à tomber.

Ces chancelleries, en réponse aux répressions menées par le gouvernement al-Assad contre les manifestations qui avaient lieu dans plusieurs villes de son pays, avaient rompu leurs liens avec ce dernier en fermant leurs ambassades à Damas pour ensuite lui imposer des sanctions économiques. Même la Ligue arabe avait décidé de l’expulser de son bastion. Isolé, al-Assad était désormais traité comme un paria à l’échelle internationale.

Mais voilà : dix ans plus tard, le même al-Assad est toujours au pouvoir. Et avec l’aide de ses alliées la Russie et l’Iran, il est parvenu à récupérer une grande partie du territoire perdu aux mains des rebelles.

Placés devant le fait accompli et misant sur la stabilité de la région, des États ont depuis lors réhabilité le président-dictateur et repris contact avec lui. C’est le cas de la Jordanie qui a débloqué sa frontière avec la Syrie et dont le roi, Abdallah II, s’est entretenu au téléphone avec al-Assad, une première depuis 2011. C’est aussi le cas des Émirats arabes unis et du Bahreïn qui ont rouvert leurs ambassades à Damas, et de la Ligue arabe qui devrait bientôt annoncer la réintégration de la Syrie en son sein, chose qu’Interpol vient d’ailleurs de faire.

Le changement d’humeur le plus notable s’est toutefois opéré aux États-Unis, où l’administration Biden a allégé certaines des sanctions que les États-Unis avaient imposées contre la Syrie à l’époque de Barack Obama. Un geste qui a certainement contribué à renforcer la légitimité du gouvernement al-Assad.

Un conflit coûteux pour le Canada

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau, toujours aux premières loges pour aider les plus démunis de ce monde, a évidemment tenu à fournir sa part d’efforts pour soutenir les Syriens. Dès le début de leur règne, les libéraux s’étaient ainsi engagés à verser plus d’un milliard de dollars « au titre de l’assistance humanitaire et de l’aide au développement et à la sécurité » en Syrie.

En ajoutant l’autre conflit, celui de l’Irak, ce sont 4 milliards de dollars sur six ans (2016-2022) qui auront été retenus pour répondre aux deux crises « et pour remédier à leurs répercussions sur l’ensemble de la région, en particulier sur la Jordanie et le Liban ».

À ne pas oublier l’accueil de 25 000 réfugiés syriens au Canada en 2015-2016, alors que le coût du plan visant à les réinstaller « a été évalué à 1,2 milliard de dollars au cours des six prochaines années [2015 à 2021] », dont 876,7 millions de dollars pour « 2015-2016 seulement », d’après les chiffres du gouvernement canadien.

Le dossier syrien n’est pas sans rappeler celui de l’Afghanistan, où l’intervention canadienne a coûté près de 18,5 milliards de dollars aux contribuables; 18 milliards et demi qui n’ont pu empêcher les talibans de reprendre le pouvoir, 20 ans plus tard.


Sources

CBC, Gouvernement du Canada #1, #2, Newsweek

 

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