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Autrefois, les éditorialistes s’en prenaient aux élites, politiques et économiques. Aujourd’hui, ils s’en prennent au peuple.

L’an dernier, une soixantaine d’églises ont été vandalisées et même brûlées au Canada, dans le silence presque total des médias traditionnels. Ces églises, après tout, sont fréquentées principalement par des chrétiens de race blanche, alors pas de quoi s’en offusquer. Pas un mot non plus du premier ministre Justin Trudeau. Ce même Trudeau qui, la semaine dernière, disait que les camionneurs membres du Convoi de la liberté faisaient partie d’une « minorité marginale » aux idées extrémistes.

Politique du deux poids deux mesures? Absolument. Chez les médias, le ton a été donné dès le départ de ce convoi lorsqu’ils ont comparé les camionneurs aux protestataires qui ont envahi le Capitole à Washington le 6 janvier 2021. La ligne était mince entre cette comparaison et les qualificatifs tels que « néonazis » et « suprémacistes blancs », une ligne que certains ont franchie, entre autres le Toronto Star, où le caricaturiste a dépeint les manifestants comme des nazis.

Tout aussi abject, mais encore plus étrange, le réseau CBC a suggéré que le Convoi de la liberté était une machination des Russes. Puis au Toronto Star – un journal qui s’est radicalisé ces dernières années –, la journaliste Althia Raj avait ceci à dire : « Les manifestants du convoi de non vaccinés sont égoïstes, purement et simplement », a-t-elle lancé sur Twitter en référence à son dernier article. Enfin, le titre du dernier papier de Patrick Lagacé de La Presse : « Le trumpisme canadien fait un tour de camion ».

De la haine, encore de la haine. Mais pourquoi? D’abord, parce la pandémie a pulvérisé les idées classiques pour propulser le manichéisme à l’avant-scène : il ne s’agit plus désormais d’une bataille entre une gauche et une droite plus ou moins bien définies, mais entre le bien et le mal. Or, un convoi pour la « liberté » ne peut que susciter la méprise chez ceux qui se croient du bon côté de l’Histoire, c’est-à-dire du côté du « bien ».

Car en temps de pandémie, la liberté s’oppose à l’obligation : à l’obligation de protéger soi-même mais surtout autrui, ce qui débouche immanquablement sur une forme d’autoritarisme, une position que défendent les médias depuis deux ans. Au Québec, on se souviendra du « spin » de La Presse, au printemps 2020, pour exiger du gouvernement de la CAQ qu’il oblige les Québécois à porter un masque. En juillet cette année-là, le journal a pu savourer sa victoire.

Mais la haine des médias à l’égard des camionneurs puise aussi sa source dans l’opposition féroce de ces derniers au gouvernement Trudeau, dont le Parti libéral est le favori des médias. Quand on voit des « Fuck Trudeau » inscrits sur les bannières et même sur les camions, on sait d’avance que les journalistes du Globe and Mail, de Radio-Canada, de La Presse et du Toronto Star vont se méfier comme de la peste de ces manifestants qui brandissent ces bannières.

Avec la montée du populisme et du cynisme à l’égard des politiciens, les médias ne se contentent plus d’être la courroie de transmission de l’info; ils se croient désormais porteurs de la vérité. Autrefois, les éditorialistes s’en prenaient aux élites, politiques et économiques. On dénonçait des scandales, et on en appelait même à des démissions. Mais aujourd’hui, les scribes s’en prennent au peuple, qu’ils soient camionneurs ou simples quidams.

Puis ils se demandent pourquoi ce peuple les déteste…


Sources

Global News, La Presse, TNC, Twitter #1, #2, #3

 

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