Les gouvernements avaient été avertis de l’imminence d’une pandémie, mais ont tardé à agir. Voici l’histoire d’un désastre.

La crise actuelle, au-delà de ses conséquences tragiques, dégage des odeurs nauséabondes. Dans une telle situation, la normalité veut que les gens soutiennent leur gouvernement, non pas à cause de la mentalité de troupeau, mais plutôt par pure nécessité. Après tout, les États sont censés disposer de suffisamment de ressources pour résoudre ladite crise. Or, la plupart, sinon la totalité d’entre eux n’ont pas réussi à protéger leurs populations contre la propagation du coronavirus.

Par conséquent, la responsabilité de ce gâchis mondial ne doit pas incomber uniquement à la Chine, mais aussi aux gouvernements occidentaux qui, empêtrés dans une idéologie mondialiste sans limite, ont préféré jouer la carte de l’attentisme, commettant ainsi un crime, peut-être même un crime d’État.

Voici la chronique d’un désastre annoncé.

Le naufrage de l’OMS

L’organisation mondiale de la santé (OMS) a été la cible de nombreuses critiques dans le monde, avec raison. En ce qui nous concerne, le récit débute le 31 décembre 2019 lorsque l’OMS a été informée qu’une pneumonie de cause inconnue était apparue à Wuhan. La même organisation, se laissant bercer par la propagande du Parti communiste chinois (PCC), spécifiait dans un communiqué du 5 janvier qu’aucune preuve ne laissait entrevoir que le virus responsable des cas de pneumonie se transmettait de personne à personne. Pourtant, des médecins et des infirmières de Wuhan évoquaient déjà cette possibilité dans les médias chinois.

Faux-fuyant? Possible, car le mot d’ordre à l’OMS était à ce moment de ne rien bousculer, surtout d’éviter de conseiller aux gouvernements de restreindre les voyages; bref, personne ne devait changer ses habitudes. Tous les gouvernements ont suivi ces conseils, y compris le gouvernement chinois : à la mi-janvier, 400 millions de ses compatriotes s’apprêtaient à se déplacer dans l’intention de fêter le Nouvel An lunaire. Pour Pékin, pas question de les en empêcher. Ces déplacements, on le saura plus tard, ont grandement contribué à propager le virus à l’échelle de la planète.

Le 22 janvier, le directeur-général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, applaudissait contre vents et marées les efforts de Pékin pour endiguer ce qui n’était jusqu’alors qu’une épidémie. Le lendemain, à Genève, l’organisation onusienne décidait de ne pas déclarer l’état d’urgence de santé publique de portée internationale (USPPI), alors même que le gouvernement chinois venait de verrouiller le cœur de la Chine. Démarche vaine, car le virus se propageait déjà à des kilomètres à la seconde. 

Lors d’un voyage à Pékin le 28 janvier, le directeur de l’OMS, voulant visiblement épargner les susceptibilités d’un important bailleur de fonds, célébrait de nouveau l’efficacité du système chinois et se disait encouragé pour la suite des choses. Mais voilà : le 30 janvier, dans un extraordinaire retournement de situation, son organisation se résolvait à déclarer le fameux état d’urgence de santé publique de portée internationale en raison du nombre de pays dans lesquels se propageait le coronavirus. Il était malheureusement trop tard.

Les choses ne se sont guère arrangées en février alors que la Chine peinait à résoudre la crise. Un rapport de l’OMS publié le 28 de ce mois ne contenait aucun avertissement concernant la menace pesant sur les maisons de retraite et minimisait le risque d’infections chez le personnel médical. Pire, les ténors de l’organisation onusienne continuaient à louanger la Chine pour sa réponse à la crise.

Circulez, y a rien à voir

Aux États-Unis, les sources s’entendent sur un point : les services de renseignement ont été très tôt mis au courant de l’existence d’un virus provoquant de fortes pneumonies à Wuhan. Mais ces sources divergent sur la date : quelque part en décembre pour certains, novembre pour d’autres. Quoi qu’il en soit, on sait que le 3 janvier, le directeur du Centers for Disease Control and Prevention (CDC), Robert Redfield, recevait un appel de son homologue chinois au sujet de ce fameux virus. Anthony Fauci, qui allait devenir le grand manitou du groupe de travail voué à la lutte contre le coronavirus au sein de l’administration Trump, en a été alerté au même moment.

À cette époque, les autorités américaines pressaient la Chine de leur faire parvenir le génome du virus afin de commencer les recherches sur un vaccin. Étonnante perspective, le gouvernement chinois s’est plié à cette demande le 11 janvier. Émettons cependant quelques réserves : ce génome était connu depuis au moins une semaine de trois laboratoires chinois, dont l’Institut de virologie de Wuhan, qui, le premier, l’a décodé le 2 janvier. Neuf précieuses journées ont ainsi été perdues.

Il reste que durant cette période cruciale, le président Donald Trump recevait peu d’information sur le sujet. Et lorsqu’il en recevait, il n’y portait semble-t-il peu attention, peut-être parce que trop préoccupé par le processus d’impeachment. Mais au lendemain de la déclaration de l’OMS sur l’état d’urgence de santé publique internationale, soit le 31 janvier, Trump interdisait l’entrée aux États-Unis de ressortissants étrangers qui s’étaient rendus en Chine dans les 14 jours précédents, à l’exclusion des membres de familles de citoyens américains ou de résidents permanents.

Une décision qui a scandalisé les démocrates et leurs alliés médiatiques, dont certains ont même crié au racisme. Or, non seulement ce bannissement était nécessaire – il a d’ailleurs trouvé un écho dans de nombreuses autres chancelleries –, mais il est survenu trop tard. Dès que les services de renseignement ont senti la soupe chaude fin décembre, ils se devaient de contacter leurs homologues occidentaux afin que des mesures contre la Chine soient prises sur le champ. Cette démarche n’a malheureusement jamais été entreprise.

Ce bannissement concernant les ressortissants chinois fut néanmoins la seule décision prise par l’administration Trump pour tenter d’éviter une crise. Car alors même que le virus se propageait à travers le monde, les voix dominantes à la Maison-Blanche exhortaient le président à rester prudent dans ses interventions afin de ne pas perturber les marchés financiers. La suite fut catastrophique.

Une catastrophe née d’un immobilisme qui s’est vu ailleurs aussi. Selon le réseau CBC, dès le début de janvier, l’armée canadienne avait soumis au gouvernement fédéral un rapport détaillé sur l’éclosion du coronavirus à Wuhan. Le rapport a atterri sur le bureau du ministre de la Défense et de la ministre de la Santé, laquelle ministre, le 30 janvier, disait à ses homologues provinciaux qu’il était impossible d’échapper au virus, mais que l’on pouvait contrôler sa propagation. Une propagation jugée faible, selon les responsables de la santé publique du pays qui n’ont alors pas jugé nécessaire d’exiger la quarantaine aux voyageurs de retour au pays. Autre grave erreur.

En France, la ministre de la Santé de l’époque, Agnès Buzyn, proposait le même détour que son homologue canadien en déclarant le 24 janvier que « [l]es risques de propagation du virus dans la population [étaient] très faibles ». Un mois et demi plus tard, dans un entretien au journal Le Monde, Mme Buzyn a pourtant admis avoir alerté le gouvernement dès le 11 janvier sur les risques de propagation. On n’est pas à une contradiction près.

Une série d’avertissements

À Washington, on parle désormais de la possibilité que le virus ait puisé sa source dans une fuite de l’Institut de virologie de Wuhan. Selon le Washington Post, en 2018, l’ambassade des États-Unis à Pékin avait prévenu à deux reprises le département d’État de l’insuffisance des mesures de sécurité de ce laboratoire qui, entre autres choses, étudie les coronavirus chez les chauves-souris. L’ironie est que cette thèse sur la fuite d’un laboratoire chinois a été décriée par les médias démocrates aux États-Unis, traitant de complotistes ceux qui osaient la défendre. Ces mêmes médias sont de plus en plus nombreux, maintenant que Donald Trump et les élections américaines sont choses du passé, à l’accréditer.

Il n’en demeure pas moins que cette pandémie était prévisible : les experts savaient qu’un tel événement allait surgir un jour; ils ignoraient seulement le moment exact de la manifestation. À ce sujet, en 2017, un rapport du département de la Défense des États-Unis mettait en garde contre le danger d’une crise mondiale causée par une nouvelle maladie respiratoire. Le rapport, intitulé Pandemic Influenza and Infectious Disease Response, examinait les causes possibles d’une « pandémie cliniquement grave » et prévenait des complications qu’elle était susceptible de provoquer dans le monde entier.

Ce précieux document, qui est malheureusement resté sur les tablettes, s’est fait carrément prophétique. Il émettait des avertissements contre une pénurie possible d’équipements médicaux et un engorgement des établissements de santé. En outre, l’étude du Pentagone anticipait une « concurrence mondiale » pour les ventilateurs et autres appareils médicaux de haute technologie associés aux unités de soins intensifs, ce qui est survenu au début de la pandémie. Il indiquait de manière inquiétante que « même les pays les plus industrialisés n’auront pas suffisamment de lits d’hôpital » pour accueillir ceux dont l’état devait nécessiter une hospitalisation.

Au Canada, un rapport de 2006 coécrit, coïncidemment, par Theresa Tam, l’actuel administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du pays, prévoyait déjà un scénario qui n’est autre qu’un copier-coller de celui qui nous préoccupe ces jours-ci. Ce rapport constituait une sorte de manuel destiné à permettre au gouvernement fédéral de se préparer en conséquence d’une pandémie. Ce que ce dernier n’a évidemment pas fait.

Le Global and Mail a énuméré quelques autres avertissements du genre. En 2010 par exemple, des vérificateurs avait mis en évidence des problèmes de gestion des stocks d’urgence de matériel médical au Canada. En 2018, une analyse de l’épidémie issue du virus H1N1 soulevait des préoccupations concernant les pénuries de ventilateurs. Enfin, une étude publiée en 2019 et dirigée par une équipe de scientifiques à l’international remettait en question la capacité de nombreux pays, dont le Canada et les États-Unis, à répondre à une épidémie majeure.

Rappelons-nous que Theresa Tam, fin janvier 2020, disait que la menace d’une telle épidémie au Canada s’avérait très faible, que des mesures telles que des restrictions de voyage n’étaient pas nécessaires et que le risque de propagation du virus par des personnes asymptomatiques était hautement improbable.

À voir l’état des lieux, on peut donc affirmer, sans croire à un abus de langage, que les dirigeants du monde, certains plus que d’autres, ont du sang sur les mains.


Sources

Associated Press,  CTV News, Fox News, France Info, IntelNews #1#2, Ottawa Citizen, Radio-CanadaThe New York Times, The Tyee, The Globe and Mail, The Washington Post #1, #2, Twitter


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