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Il s’agit d’un véritable « cover up » : des scientifiques ont menti pour épargner Pékin.

Mi-février 2020. Une lettre ouverte est publiée dans le journal The Lancet par 26 scientifiques qui condamnent « la théorie du complot » selon laquelle le COVID-19 ne serait pas d’origine naturelle. L’impact est majeur. À partir de ce moment, ceux qui osent évoquer l’idée que le virus puisse avoir été l’objet d’une fuite de laboratoire préféreront garder le silence de peur d’être ostracisés. En amont, les médias s’assureront que le message est bien compris.

Ce que le monde ignore, par contre, c’est que derrière les 26 cosignataires se cache le véritable auteur de la lettre. Son nom : Peter Daszak, zoologue et président d’EcoHealth Alliance, « une ONG dont la mission est de protéger les personnes, les animaux et l’environnement contre les maladies infectieuses émergentes ». On saura plus tard que la démarche de Daszak ne visait qu’un seul objectif : couvrir d’un voile opaque la réalité inquiétante des expériences de laboratoire.

Presque deux ans après la publication de la fameuse lettre, l’éditeur du Lancet, Richard Horton, a avoué, devant le Comité spécial des sciences et de la technologie du parlement britannique, avoir su quelques jours après la sortie des scientifiques dans son journal que Peter Daszak était lié à l’Institut de virologie de Wuhan (IVW), au coeur de la théorie de la fuite de laboratoire. Horton a pris 16 mois avant de publier une déclaration officielle soulignant le flagrant conflit d’intérêts impliquant Daszak, qui a collaboré avec l’IVW à la recherche sur les coronavirus.

Pourquoi ce délai? Parce que 16 mois, c’est le temps qu’il a fallu au directeur du Lancet pour convaincre le principal intéressé de faire cette déclaration. Un principal intéressé qui, dès le départ, a dissimulé ses liens avec le labo de Wuhan. Mais pourquoi Richard Horton a-t-il attendu la permission de Daszak pour publier la déclaration?

Peut-être parce que lui aussi a voulu ménager la susceptibilité de ses amis chinois. L’homme a été honoré en 2008 au Grand Palais du Peuple de Pékin pour marquer une collaboration « sans précédent » entre l’Université de Pékin et The Lancet. En 2015, il s’est rendu encore une fois à Pékin pour recevoir le Prix de l’amitié de la Chine, la plus haute distinction décernée aux « experts étrangers qui ont apporté des contributions exceptionnelles au progrès économique et social du pays ». Le Lancet a d’ailleurs ouvert un bureau à Pékin en 2010, lequel s’ajoute au bureau de New York et à son siège à Londres.

Cet aveu de Richard Horton arrive au moment où une cour aux États-Unis vient de déclarer un professeur de Harvard coupable en raison de ses liens avec le gouvernement chinois. Charles Lieber, qui occupe des postes dans les départements de chimie et d’ingénierie de la célèbre université, a été accusé d’avoir menti aux enquêteurs du gouvernement au sujet de sa participation au Programme des mille talents du gouvernement chinois.

Le scientifique a également été accusé d’avoir omis de divulguer dans ses déclarations de revenus les paiements en espèces que lui a versés la Chine et d’avoir dissimulé l’existence d’un compte bancaire chinois. Ironiquement, Lieber travaillait en partenariat avec l’Université de technologie de Wuhan.

En Occident, le Programme des mille talents est perçu comme un outil employé par Pékin pour recruter des scientifiques étrangers afin qu’ils servent les objectifs économiques et stratégiques du gouvernement chinois.


Sources

Eric Pilon, Gouvernement du Canada, The Daily Mail, The Wall Street Journal

 

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