Les cotes d’écoute des Oscars ont chuté dramatiquement ces dernières années. Pourquoi donc? Voici quelques réponses.

En début de semaine aux États-Unis, le principal sujet de discussion, pour une rare fois, n’était pas lié à la pandémie. C’est plutôt la soirée des Oscars qui était sur toutes les lèvres. En fait, on parlait surtout de la débâcle des Oscars.

Le réseau ABC, diffuseur de cette cérémonie annuelle, a rapporté que l’émission avait attiré une audience moyenne de 10,4 millions de téléspectateurs dimanche soir. C’est 13 millions de moins que l’an dernier et 47 millions de moins que le sommet atteint en 1998 avec le triomphe, cette année-là, du film The Titanic. En fait, la popularité de l’événement est en constant déclin depuis 2014.

Pour cette année du moins, la pandémie a évidemment servi de bouc émissaire pour expliquer les déboires de la dernière édition des Oscars. La preuve en est que les autres cérémonies du genre, comme les Golden Globes, ont aussi connu des baisses en matière de cotes d’écoute. Après tout, peu de films ont été tournés ces douze derniers mois, et parce que les salles de cinéma sont pour la plupart fermées en Amérique du Nord, les distributeurs ont cru bon de ne pas trop investir dans le marketing, donc dans la promotion.

Mais la situation sanitaire ne peut tout expliquer. Le spectacle comme tel était ennuyant, selon les analystes. On n’avait prévu aucun animateur vedette et les cinéphiles ne connaissaient que très peu les titres en nomination. De même, le manque d’intimité des invités, obligés de se tenir à distance en cette ère de délire hypocondriaque, en a certainement dérangé plusieurs.

On peut ajouter à ces raisons la multiplication des plateformes de transmission en continu comme Netflix, Crave et Disney qui connaissent de beaux jours dans les chaumières américaines où les « home theaters » diffusent des séries nettement plus populaires que les films.

Les artistes devraient-ils se la fermer?

Pour expliquer la baisse de popularité des Oscars, on se doit cependant d’évoquer une autre raison, beaucoup trop ignorée par les analystes : les grandiloquentes starlettes attirent de moins en moins les foules en raison de leur éloignement de l’Américain moyen qui ne les voit plus comme des demi-dieux. Par leur engagement politique et les opinions qu’elles expriment à tout vent, les vedettes divisent. Quand une star de 100 millions qui se prélasse dans un palais de 10 millions à Beverley Hills sermonnent ceux qui gagnent à peine 40 000 par année, la claque est difficile à accepter pour ces derniers.

Sachant par ailleurs que les artistes de Hollywood penchent surtout du côté des démocrates, ils s’aliènent donc une bonne partie des républicains, soit au moins la moitié des États-Unis. Un producteur, qui a préféré garder l’anonymat, a admis au New York Times que l’incursion de la politique dans la cérémonie des Oscars détourne les téléspectateurs de l’événement. Selon ce producteur, la mesure de l’audience, à la minute près, montre clairement une chute de visionnement lorsque les célébrités se prononcent sur la politique.

Ce qui pose problème, ce n’est pas tant le message que le messager. Suffit d’un exemple : Leonardo DiCaprio. DiCaprio est sans contredit l’une des plus grosses pointures du mouvement environnementaliste « made in Hollywood »; il est aussi l’une des voix les plus critiques des humains que nous sommes. « L’humanité doit assumer la responsabilité à grande échelle de la destruction aveugle de son foyer collectif », a-t-il déjà dit, lui qui n’ignore pourtant pas qu’il contribue largement à cette destruction.

Selon le site Internet Wheels 24, aux dernières nouvelles, DiCaprio possédait quatre voitures, dont une rutilante Porsche Cayenne. Le Daily Mail a rapporté de son côté que l’acteur possédait quatre propriétés : deux appartements à New York et deux résidences de luxe, soit l’une à Hollywood, l’autre à Palm Springs. Des résidences qui, sans aucun doute, gobent leur lot d’énergie au pied carré.

En 2014, la vedette de The Wolf of Wall Street avait emprunté le yacht Topaz, qui appartient au cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan, vice-premier ministre des Émirats arabes unis, pour se rendre au Brésil en vue de la Coupe du monde de soccer. Le Topaz, qui comporte deux pistes d’atterrissage pour hélicoptères, est une embarcation de 482 pieds dont le prix est estimé à environ 685 millions de dollars. Quelques mois plus tôt, DiCaprio et deux autres vedettes de Hollywood, Jamie Foxx et Orlando Bloom, avaient réservé le « superyacht » pour une soirée bien arrosée au large de New York.

Alors disons-le sans réserve : donner des leçons d’environnementalisme quand on peut se permettre de sabler le champagne à bord d’un yacht de milliardaires tout en possédant quatre propriétés, c’est un peu jouer avec les nerfs des non privilégiés.


Sources

Axios, Explore Entertainment, The Daily Mail #1, #2, The Federalist, Wheels24

 

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