Des agents de sécurité de la Chine communiste traquent des expatriés chinois en Suisse depuis 2015, avec l’aval de Berne.

Chez toute personne sensée, l’idée qu’un pays occidental donne à des agents de sécurité et de renseignement chinois un accès sans entrave à son territoire paraîtrait inconcevable. C’est pourtant ce que la Suisse fait depuis le 8 décembre 2015, et ce, même si Pékin s’est forgé une réputation sulfureuse dans le monde, lui qui est accusé d’espionnage à double tour.

Quand Berne a serré la main du Diable

C’est à cette date, le 8 décembre 2015, qu’un « accord de réadmission » a été conclu entre le gouvernement suisse et le Parti communiste chinois (PCC). Cet accord permet à des agents de sécurité du PCC d’interroger des expatriés chinois en Suisse et de les rapatrier dans leur pays s’ils le jugent nécessaire.

La Suisse a signé des ententes semblables avec 52 pays. Mais celle qui concerne la Chine est plutôt particulière, et même inquiétante. En général, un accord de réadmission, par exemple dans l’Union européenne, permet « aux États de réadmettre sur leur territoire leurs propres ressortissants et les ressortissants d’autres pays – “des étrangers” en transit qui ont été trouvés en situation irrégulière sur le territoire d’un autre État ». Dans ce cas, les deux États travaillent en étroite collaboration.

Mais l’accord conclu entre la Suisse et la Chine, qui a été gardé secret par les autorités helvétiques, est d’une tout autre nature, selon le site Safeguard Defenders qui l’a comparé avec les accords signés entre la Suisse et d’autres entités, soit la Suède, le Royaume-Uni, Hong Kong et l’Inde. Or, pour les administrateurs de Safeguard Defenders, Berne s’est livré à un véritable « cover up » dans ce dossier.

Des agents de sécurité chinois sur le territoire suisse, sans supervision

En général, les accords de réadmission sont négociés avec les départements de l’immigration de chaque pays. Mais avec la Chine, c’est le ministère chinois de la Sécurité publique qui a été sollicité pour la cause. Bien que ce ministère soit responsable de l’immigration, il dirige aussi les organes de police du pays : la police nationale, la sécurité d’État, mais aussi les organes d’espionnage et de contre-espionnage.

L’entente avec la Chine, faut-il le répéter, a été tenue secrète, alors que les autres ententes ont été portées à la connaissance du public. Puis dans la majorité des cas, ces ententes, nous dit Safeguard Defenders, impliquent le principe de réciprocité. Mais le PCC n’entendait certainement pas restreindre sa liberté de mouvement, ce qui fait que la réciprocité n’a pas cours avec Pékin; en d’autres termes, « l’assistance n’est offerte qu’à la Chine », celle-ci n’étant pas obligée de faire de même à l’égard de la Suisse.

« L’objectif principal de l’accord est de permettre aux agents du [ministère chinois de la Sécurité publique] – une agence accusée de crimes contre l’humanité – d’accéder librement au [territoire suisse] pour des opérations non supervisées à travers le pays », révèle Safeguard Defenders. « La Suisse a accepté de garder secrète l’identité des agents en visite. Les agents sont sélectionnés par la Chine, et la Suisse ne participe pas à la sélection ».

Les agents de sécurité chinois sont donc officiellement autorisés à entrer incognito en Suisse, sans avoir besoin de déclarer leur statut ou leur titre officiel. Ils opèrent sans surveillance et sont libres de mener des entrevues, voir des interrogatoires, avec qui ils veulent. L’accès au territoire suisse est d’une durée maximale de deux semaines, pendant lesquelles les agents chinois sont autorisés à « évaluer » jusqu’à six personnes par jour.

En outre, pendant leur séjour, il leur est permis de communiquer avec l’ambassade de Chine à Berne et le ministère chinois de la Sécurité publique. La seule collaboration existante entre les deux pays réside dans la décision de retourner au non un ressortissant chinois dans son pays. En 2016 par exemple, 13 personnes, dont quatre demandeurs d’asile, ont été renvoyées dans le cadre de cet accord. En 2019, 6 000 individus ont subi le même sort dans le cadre de programmes entérinés par la Chine avec divers pays.

Cerise sur le gâteau pour les contribuables suisses : le coût de ces opérations relève du seul État helvète. Voyages, hébergement, frais de toutes sortes engagés par les agents chinois, tout est facturé sur le dos des travailleurs suisses.  

La Chine, un État voyou

L’arrogance de la Chine sur la scène internationale a atteint des sommets depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping. Une arrogance qui pousse des gouvernements à sévir contre le PCC.

Fin octobre, le département de la Justice des États-Unis a publié un acte d’accusation contre huit personnes agissant illégalement à titre de plénipotentiaires au service de Pékin. « Les accusés, qui auraient agi sous la direction et sous le contrôle de représentants du gouvernement de la [Chine], ont […] engagé une campagne visant à harceler […] et à contraindre certains résidents des États-Unis à retourner en [Chine] », est-il écrit dans l’acte d’accusation du département américain de la Justice.

Dans son rapport du 7 août 2020 déposé au Conseil des droits de l’homme, le Comité des Nations unies sur les disparitions forcées a exprimé son inquiétude face aux « enlèvements extraterritoriaux et aux retours forcés » organisés par la Chine. Selon le Comité, « 300 Ouïghours ont été renvoyés de force en Chine à partir de 16 pays depuis 2004 ».


Sources

Migration forcées, ONU, Safeguard Defenders

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