Il est facile de duper le voisin septentrional des États-Unis. Les prochaines lignes le démontrent éloquemment.

Le 14 décembre 1999, un homme au teint basané prend un traversier à Victoria, en Colombie-Britannique, en direction de Port Angeles, dans l’État de Washington. À Victoria, il passe les contrôles sans problème, mais le transit est plus difficile à Port Angeles, où on lui demande de sortir de la voiture. En fouillant dans le coffre de cette dernière, un douanier, à son grand étonnement, découvrira près d’une cinquantaine de kilos d’explosifs. On saura plus tard que la substance devait servir à commettre un attentat à la bombe contre l’Aéroport international de Los Angeles lors des festivités de l’an 2000.

L’homme au teint basané sera évidemment arrêté. Détenteur d’un passeport canadien, son nom restera à jamais gravé dans la mémoire des victimes du terrorisme islamique : Ahmed Ressam.

Un cas de figure

Ahmed Ressam, né le 9 mai 1967 en Algérie, était un pur produit du Groupe islamique armé, le GIA. Son parcours en sol canadien est truffé d’aberrations.

Ressam est entré au Canada le 20 février 1994 en utilisant un faux passeport français au nom d’Anjer Tahar Medjadi. Quand les douaniers de l’aéroport international de Montréal lui posèrent des questions sur ce passeport, Ressam révéla sa vraie identité pour ensuite effectuer une demande de statut de réfugié. Déterminé à obtenir l’asile politique, il prétendit aux autorités canadiennes qu’il avait subi la torture en Algérie et qu’il risquait d’être tué s’il y retournait, ce qui se révélait faux.

Sa demande de statut de réfugié fut rejetée le 6 juin 1995. Il fit appel de la décision, mais fut débouté une fois de plus. Malgré tout, il fallut attendre trois ans, soit le 4 mai 1998, pour que Citoyenneté et Immigration Canada lance un mandat d’arrêt à l’endroit de l’Algérien. Mais celui-ci, à ce moment, se trouvait en Afghanistan dans un camp d’Al-Qaida. Comble de l’absurdité, il put regagner son pays d’adoption sans rencontrer d’obstacles sur son passage, muni d’un faux passeport au nom d’Antoine Benni Norris.

Favorisé par la providence – ou par l’inconscience politique –, Ressam put soutirer de l’aide sociale pendant cette période, ce qui s’ajoutait aux revenus qu’il obtenait grâce aux vols à l’étalage. Il fut arrêté quatre fois à cet égard, mais ne fut jamais emprisonné. En 1999, l’Algérien traînait à sa suite un dossier criminel pour des vols commis dans au moins deux provinces canadiennes et un mandat pour immigration illégale. Qu’importe, il put déambuler en toute quiétude dans les rues de Montréal.

Le cas de Ressam n’est pas unique. Un autre émissaire d’Al-Qaida, Mohammed Mansour Jabarah, a été arrêté peu après les attentats du 11-Septembre dans le Sultanat d’Oman, puis ramené au Canada pour enfin être extradé aux États-Unis. Fiché par le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), il n’avait jamais été inquiété par les autorités canadiennes avant son arrestation.

Une longue histoire

Il faut dire que le passeport canadien est immensément populaire chez les criminels de tout acabit. Le cas le plus lointain remonte à 1940, quand Ramon Mercader, alias Franck Jackson, utilisa ce fameux passeport pour se rendre au Mexique avec un plan en tête : assassiner Leon Trotsky, le célèbre révolutionnaire communiste. Le plan fut un succès.

En 1968, James Earl Ray utilisa lui aussi le passeport marqué par la feuille d’érable, obtenu à l’aide d’un faux certificat de naissance au nom de Ramon George Sneyd, pour échapper aux autorités après avoir assassiné Martin Luther King Jr.

En 1973, des agents du Mossad israélien s’étaient fait passer pour des Canadiens lorsqu’ils avaient pénétré en territoire norvégien pour assassiner Ali Hassan Salameh, un haut gradé du groupe terroriste Septembre noir. Le problème est qu’ils se sont trompés de cible et ont tué un serveur d’origine marocaine dans la petite localité de Lillehammer. Le Mossad revint à la charge à quelques reprises à l’aide du passeport canadien, entre autres en 1997, où le service israélien tenta d’assassiner le chef du Hamas, Khaled Mechaal.

En 2010, un espion russe, Christopher Metsos, eut lui aussi recours au passeport canadien pour rencontrer des agents à la solde de Moscou aux États-Unis. Le véritable nom de Metsos, qui avait usurpé l’identité d’un garçon décédé, est inconnu. Il fut arrêté le 29 juin 2010 à l’aéroport international de Larnaca, à Chypre, alors qu’il s’apprêtait à monter à bord d’un avion pour un vol vers Budapest, en Hongrie. Libéré après avoir versé une caution de 27 000 euros, il n’a plus jamais été revu depuis.

En 2012, le site Intelnews rapportait qu’une enquête approfondie sur un attentat à la bombe en Bulgarie démontra une fois de plus que les faux passeports canadiens continuaient d’attirer les groupes terroristes et les agences de renseignement de par le monde. La nouvelle d’Intelnews avait trait à un attentat perpétré le 18 juillet 2012 par Al-Muqawama al-Islamiyya, la branche militaire du Hezbollah, contre des touristes israéliens en Bulgarie. Le kamikaze, qui a entraîné sept personnes dans la mort, possédait un faux passeport canadien.

Une passoire

Ce passeport tant recherché est au centre de toutes les discussions chez les services occidentaux. Mais il y n’a pas que ce document d’identité qui pose problème. Car le Canada est depuis longtemps une véritable passoire en matière de migration.

Déjà, le réseau CBC rapportait en 2016 que près de la moitié des demandeurs d’asile qui traversaient illégalement la frontière de la province du Manitoba étaient détenus en raison de graves casiers judiciaires. Ils sont des centaines, voire des milliers de migrants illégaux à entrer depuis ce temps au Canada à partir des États-Unis. Suffit d’un exemple : dans le seul mois de mars 2019, 1 884 demandeurs d’asile franchirent illégalement la frontière américaine pour être interceptés au Québec par la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Durant les trois premiers mois de cette année 2019, un total de 4 828 migrants illégaux avaient afflué à la frontière québéco-américaine. En 2018, 18 836 étaient entrés illégalement par le même chemin.

Ces mouvements peuvent à terme présenter un risque pour la sécurité des Canadiens. En juillet 2020, le Bureau du vérificateur rapportait que l’Agence des services frontaliers du Canada était « incapable de retrouver 35 000 étrangers qu’elle devait expulser, dont près de 3 000 criminels ». Parmi ces 35 000 étrangers, au moins 2 800 seraient des criminels.


Sources

CBC, #1, #2, #3, Eric Pilon, Intelnews, Le Journal de Montréal, National Post, Vigile #1, #2, Wikipedia #1, #2


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