Le journal intime d’une Chinoise de Wuhan déboulonne le mythe selon lequel Pékin a bien maîtrisé la pandémie du coronavirus.

Dès le début de la pandémie du coronavirus qui a d’abord sévi à Wuhan, en Chine, une écrivaine de l’endroit, Fang Fang, a décrit ses expériences durant le confinement total sur Wechat, une application de messagerie populaire dans son pays. Fang a publié ses états d’âme du 25 janvier au 8 avril, date de la fin de la quarantaine, et le tout a été traduit en anglais pour se transformer en livre intitulé Wuhan Diary: Dispatches from a Quarantined City.

La journaliste Helen Raleigh, du magazine en ligne The Federalist, a dressé un portrait élogieux de cet ouvrage qui met en lumière les échecs de la société chinoise menée d’une main de fer par le Parti communiste.

Des exemples de défauts qui persistent dans cet État autoritaire, il y en a à foison dans le compte-rendu de Fang Fang. Celle-ci explique, entre autres, que puisque le transport public était au point mort durant le confinement total, se rendre à l’hôpital pour ceux qui ne possédaient pas de voiture était une tâche plutôt ardue. Or, une fois arrivés à l’établissement de santé le plus proche, les Wuhanais devaient généralement attendre toute la journée – et parfois toute la nuit – en file d’attente, pour se faire dire, finalement, de rentrer chez eux, faute de lits disponibles.

Dans un passage cru du livre, l’auteure indique que pour éviter toute infection potentielle, les restes de personnes décédées à la maison étaient immédiatement transportés au crématorium. Elle a décrit des images déchirantes qu’elle voyait sur Internet, dont l’une montrait une jeune « fille traînant derrière la voiture funéraire de sa mère et hurlant à travers ses larmes ».

L’écrivaine chinoise a aussi exprimé sa colère, et ce, même contre le régime, au risque de sa vie, ou à tout le moins de sa liberté. Elle a souligné les mensonges du gouvernement lorsque, dès début de janvier, il avait faussement informé les citoyens de Wuhan que le virus ne se transmettait pas entre personnes et qu’il était parfaitement maîtrisé. Fang Fang déclare d’ailleurs, sans ambages, que le peuple « a trop fait confiance à notre gouvernement ». Un constat que les Occidentaux ont fait depuis longtemps, pourrait-on lui dire.

Sa colère, l’écrivaine l’a certes déchaînée en partie contre ce même gouvernement, mais surtout contre ses fonctionnaires incompétents, une tactique prudente et nécessaire, vu les circonstances qui prévalent au pays. Pour elle, donc, les bureaucrates locaux, habitués à se laisser guider par des directives provenant du Parti communiste, ont été incapables, du moins dans les premiers jours de la pandémie, de diriger le navire avec toute l’improvisation que la situation exigeait. Un de ses amis, un médecin, lui a justement dit à ce sujet que si les autorités sanitaires avaient été mieux préparées à l’aube de la pandémie, « Wuhan aurait été en mesure de traiter tous les cas graves […] ». On serait tenté d’ajouter que le monde entier s’en serait mieux porté et que l’Organisation mondiale de la santé aurait sauvé la face.

L’incompétence de ces bureaucrates serait ainsi née d’un problème systématique plutôt que d’une faillibilité collective, mais Fang Fang a tenu à souligner leurs « comportements habituels profondément enracinés » qui consistent à cacher la vérité, à ne pas permettre au public de comprendre la vraie nature des événements, et même à ne pas se soucier de la vie d’autrui, comme le rapporte Helen Raleigh. Dans son journal, l’écrivaine a juré plus d’une fois, à ce propos, de tenir tout ce beau monde responsable d’avoir mené « des représailles massives contre notre société et [provoqué] des blessures indicibles [à] notre peuple ».

Fang a évidemment été victime de censure en ligne, mais elle a surtout été et est toujours la cible de l’hostilité du gouvernement. On a qualifié son journal de mensonger, et des trolls – fort possiblement inféodés au gouvernement – ont dévoilé son adresse à domicile, répandu des rumeurs à son sujet et laissé entendre qu’elle avait été payée par des pays hostiles pour monter cette fausse histoire. Ces trolls ont même étendu leur haine à l’endroit du traducteur anglais Michael Berry.

Wuhan Diary: Dispatches from a Quarantined City représente une lumière qui, à défaut d’être au bout d’un tunnel trop long pour que l’on envisage l’avenir de la Chine avec optimisme, éclaire néanmoins ce monde où une certaine élite croit encore que Pékin devrait être louangée pour sa réponse à la pandémie.


Source

The Federalist


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