Pour cette organisation, il n’y a pas eu de fuite de laboratoire en Chine, mais de experts voient les choses autrement.

Le rapport d’une étude menée conjointement par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Chine, dont l’Associated Press a obtenu copie, nous apprend ce lundi 29 mars que le scénario le plus probable concernant les origines de la pandémie serait que le COVID-19 eût été transmis par les chauves-souris à l’homme via un autre animal. 

Cette étude fait suite à une visite de deux semaines d’un panel d’experts de l’OMS qui a enquêté sur place, à Wuhan, afin de trouver le point de départ de la pandémie. On ne saura peut-être jamais dans quelles conditions ce panel a pu travailler, sachant que Pékin n’a jamais été transparent sur cette question, ni l’OMS d’ailleurs, qui s’est bien gardée de critiquer ses hôtes.

Dès le départ, les dirigeants chinois ont été réticents à accepter la présence d’une délégation étrangère sur leur territoire. L’OMS a en effet eu beaucoup de mal à négocier une entente avec les instances du Parti communiste, peu enclines à accepter que des experts venus d’ailleurs enquêtent sur un sujet aussi sensible sur leur propre terrain. Subissant une pression forte à l’international, Pékin a fini par céder, mais non sans réclamer une contrepartie : la délégation de l’OMS ne pouvait accéder à certains lieux, tandis que toute discussion avec des journalistes lui était interdite.

Depuis lors, l’organisation onusienne a eu fort à faire pour convaincre les sceptiques de son objectivité. C’est pourquoi de plus en plus d’acteurs du monde sanitaire exigent la mise sur pied d’une enquête indépendante. Ce qui pose problème, a priori, c’est la nomination de Peter Daszak comme chef de file de la délégation de l’OMS qui s’est rendue à Wuhan en janvier dernier. Daszak est président d’EcoHealth Alliance, un organisme qui a reçu de près de 100 millions en subventions du gouvernement américain pour effectuer de la recherche sur les virus. Mais voilà : Daszak a collaboré à de multiples reprises avec l’Institut de virologie de Wuhan (IVW), celui-là même qui est visé par des rumeurs sur une possible fuite du virus.

Conflit d’intérêts? Quand le journaliste John Sudworth, de la BBC, avait demandé à Daszak s’il ferait pression pour accéder à l’Institut de virologie de Wuhan durant l’enquête, la réponse du scientifique fut des plus directes : « Ce n’est pas mon travail de faire ça ». Daszak a admis récemment qu’au moment où des informations ont commencé à circuler au printemps 2020 sur une fuite de laboratoire, il s’était donné pour mission de défendre publiquement ses collègues de Wuhan.

Deux grandes voix se sont récemment ajoutées aux récriminations adressées à l’OMS dans le dossier de la pandémie, et l’une d’elle, Richard Elbright, ne s’est pas gênée pour discréditer Daszak. Elbright, un biologiste moléculaire de l’Université Rutgers, a déclaré lors d’une entrevue que les enquêteurs de l’OMS, dont évidemment Daszak, participaient à la « désinformation » et que leur enquête manquait cruellement de crédibilité. 

L’autre voix, Robert Redfield, ancien directeur du Centre de contrôle et de prévention des maladies des États-Unis, a dit croire à la thèse sur la fuite de laboratoire. Spécifiant qu’il s’agissait là de sa propre opinion, il a quand même tenu à préciser qu’un virus prend beaucoup de temps avant de se transmettre à l’homme, donc qu’il est fort possible que celui qui nous concerne ait pu provenir d’un laboratoire dans le cadre de recherches qui ont mal tourné.


Sources

 CTV News, The National Pulse, The New York Post

 

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