Les Américains ont oublié que le mandarin de la cellule de crise anti-coronavirus a connu son lot d’échecs.

« Je me suis toujours dit qu'[une maladie respiratoire comme le COVID-19] serait mon pire cauchemar ». Voilà ce qu’affirmait en juin 2020 Anthony Fauci, le grand manitou de la cellule responsable de la lutte contre le coronavirus aux États-Unis. Ces propos avaient été tenus devant des reporters dociles, trop heureux de s’entretenir avec lui plutôt qu’avec l’ex-président républicain Donald Trump.

Ce que n’osaient avouer ces reporters, par contre, c’est qu’Anthony Fauci, l’employé de l’État le mieux payé aux États-Unis, s’est contredit à plusieurs reprises durant la pandémie. Et ces contradictions symbolisent peut-être les travers de cet homme de science qui est loin d’avoir fait l’unanimité aux États-Unis.

Incohérences en pleine crise

Avant d’aborder les échecs de la longue carrière de Fauci, l’on se doit de rester un moment sur la pandémie, durant laquelle ce dernier est devenu une figure de proue aux États-Unis.

Quelques mois avant qu’il émette sa formulation sur la catastrophe covidienne, l’immunologue disait aux Américains que la menace que représentait le COVID-19 était « minuscule », donc, qu’il n’y avait « absolument aucune raison de porter un masque ». Ce conseil a flotté dans l’air médiatique pendant plusieurs semaines, jusqu’à ce que le numéro un des autorités sanitaires aux États-Unis effectue un virage à 180 degrés.

C’était l’époque où, voulant possiblement ménager la susceptibilité du gouvernement chinois, Fauci décida d’emprunter la voie de la rectitude politique, un élément beaucoup plus important dans son esprit que le danger issu de la pandémie. En conséquence, non seulement le masque était inutile, selon lui, mais il fallait surtout éviter de s’acharner contre les Chinois vivant aux États-Unis et continuer à fréquenter leurs restaurants.

Le 28 février, l’immunologue publiait, avec des collègues, un article qui minimisait une fois de plus le danger à venir. Le virus, d’après ces éminents scientifiques, serait à peu près aussi « grave » qu’une mauvaise épidémie de grippe. Mais voilà : 11 jours plus tard, tout ce beau monde employait un ton plus alarmiste. Désormais, le nouveau virus, déclarait Fauci lors d’une audience au Congrès, était dix fois plus mortel que la grippe. Tout ce qui était sorti de la bouche du scientifique avant cette journée ne comptait donc plus.

Le reste fait partie de l’histoire : encore aujourd’hui, les États-Unis sont le pays le plus touché par la pandémie. Mais pour les médias, la faute de cette tragédie incombe uniquement à l’ex-président Trump et à son entourage.

« Vous avez admis que vous étiez un idiot incompétent »

Le défunt Larry Kramer, dramaturge et militant des droits des LGBT, n’a jamais eu la langue dans sa poche. Dans une lettre ouverte qu’il avait fait parvenir en 1988 au magazine Village Voice, Kramer a craché son fiel sur Fauci en employant un vocabulaire qui serait difficile à faire passer aujourd’hui. « Vous avez admis que vous étiez un idiot incompétent », avait-il écrit dans sa diatribe. « Au cours des quatre dernières années, 374 millions de dollars ont été alloués à la recherche sur le traitement du SIDA. [Pourtant], vous n’avez établi qu’un système de gaspillage, de chaos et d’inutilité ».

Kramer se faisait à ce moment porte-parole du milieu gai, passablement écorché par l’éclosion du SIDA en Amérique. Mais pourquoi en voulait-il autant à Anthony Fauci? Tout simplement par que dans les années 80, la lutte contre le SIDA aux États-Unis était coordonnée par nul autre que Fauci lui-même. Or, cette lutte s’est soldée par un échec lamentable.

Disposant d’une enveloppe de 374 millions de dollars, l’immunologue et directeur du National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID) a privilégié une approche vaccinale dans sa campagne contre le SIDA au détriment de la recherche sur les médicaments antirétroviraux. Ce sont pourtant ces derniers qui ont remporté la mise, transformant la maladie mortelle en une maladie chronique avec rémission.

Avec Fauci aux commandes, la pharmacologie américaine avait mis au monde, pour traiter le SIDA, l’AZT, un remède qui a été largement dépassé depuis. Quant aux vaccins, un seul a fini par émerger du processus de recherche sur la lutte contre le SIDA. Mis à l’essai en Afrique du Sud au coût de 104 millions, l’HVTN 702 n’a abouti à aucun résultat. Il avait au préalable reçu l’appui inconditionnel d’Anthony Fauci.

5,6 milliards engloutis dans un autre vaccin mort-né

En 2004, soit trois ans après les attentats terroristes de septembre 2001, le National Institute of Allergy and Infectious Diseases d’Anthony Fauci instituait le Projet Bioshield. Muni d’un fonds de 5,6 milliards, Bioshield devait faire la lutte au bioterrorisme, priorité de l’heure à l’époque à Washington, et mener éventuellement au développement d’un vaccin contre l’anthrax. Souvenons-nous qu’au lendemain du 11-Septembre, une série d’attaques à l’enveloppe piégée contenant de l’anthrax avait touché 22 personnes et conduit à 5 décès.

Mais en 2004, Bioshield, chez les scientifiques américains, n’était rien d’autre qu’une fumisterie. « […] des maladies telles que la grippe et d’autres infections des voies respiratoires tuent régulièrement beaucoup plus de personnes qu’il n’en mourrait dans une attaque bioterroriste », dira un éminent chercheur de l’Université Stanford.

Cette réaction négative face au programme de Fauci était justifiée, comme on allait l’apprendre. Trois ans et 5,6 milliards plus tard, l’immunologue devait admettre qu’« en fin de compte, vous n’allez pas tuer autant de personnes [avec une attaque à l’anthrax] que si vous faites exploser quelques voitures piégées à Times Square ». Son programme de vaccination contre l’anthrax venait ainsi d’échouer.


Sources

CTV News, Russia Today, Science, The Federalist #1, #2, The Los Angeles Times, The Village Voice, USA Today, Wikipedia

 

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