Taïwan dit avoir été le premier à avertir l’OMS de l’éclosion de pneumonie dans la région de Wuhan, en Chine. Est-ce vrai?

Le gouvernement de Taïwan se vante d’avoir été le premier à avertir l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de l’éclosion de pneumonie atypique dans la région de Wuhan, en Chine, en décembre 2019. Mais l’OMS a nuancé cette assertion, et à la lumière des informations qui ont été glanées à ce sujet, on serait porté à observer la même réserve. Il reste que l’organisation internationale n’a pas dit toute la vérité sur cette affaire qui a bouleversé le monde entier et qui risque d’y mettre le désordre pendant encore quelques années.

Le jour J

Le 30 décembre 2019, un médecin chinois, Li Wenliang, prend connaissance d’un rapport sur un patient de Wuhan qui a testé positif au coronavirus. À 17h43, Wenliang partage ses inquiétudes dans une conversation privée avec ses collègues diplômés de l’école de médecine, sur la messagerie chinoise WeChat. Dans son message, il précise que « sept patients ont été diagnostiqués au coronavirus, une famille de virus dont fait partie le SRAS », rapporte France Info; sept cas dont l’épicentre serait un marché humide de Wuhan. À 18h42, le médecin ajoute que « les dernières nouvelles confirment qu’il s’agit [bien] d’une infection au coronavirus ».

Dans la nuit du 30 au 31 décembre, Lo Yi-Chun, directeur général adjoint et porte-parole du centre de contrôle des maladies de Taïwan, intercepte le message. Il en informe ses collègues et les autorités taïwanaises envoient un courriel à l’OMS, demandant des éclaircissements : « Les sources d’information indiquent aujourd’hui qu’au moins sept cas de pneumonie atypique ont été signalés à Wuhan, en Chine. Leurs autorités sanitaires ont répondu aux médias qu’il ne s’agissait pas du SRAS; cependant, les échantillons sont toujours en cours d’examen et les cas ont été isolés pour traitement. Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir partager avec nous des informations pertinentes […] ».

C’est précisément ce message qui est à l’origine du différend opposant l’OMS et Taïwan. Un message que le président américain Donald Trump a attrapé au vol pour accuser l’organisation internationale d’avoir traîné les pieds dans ce dossier. Quoi qu’il en soit, vers 13h30 le 31 décembre, la Commission municipale de la santé de Wuhan annonce que non pas 7, mais 27 cas de pneumonie ont été répertoriés dans la région. Dès lors, le monde entier obtient la confirmation qu’un virus et une possible épidémie sont en progression.

De curieuses confessions

Dès la première semaine de janvier, l’OMS signale que son antenne chinoise a été informée le 31 décembre des fameux cas de pneumonie de Wuhan, mais sans préciser la source d’information. On a donc pensé, pendant longtemps, que Pékin avait fait ses devoirs et averti l’OMS des cas de pneumonie. C’était du moins ce que laissaient entendre non seulement l’organisation internationale, mais aussi les médias libéraux en Europe et en Amérique du Nord. Or, la réalité est tout autre.

Car fin juin, l’OMS, en catimini, a mis à jour sa chronologie des événements affichée sur son site Internet. Surprise de taille, la nouvelle mouture nous mène sur une toute autre piste. Selon cette mise à jour, donc, le 31 décembre, le bureau régional de l’OMS en Chine « a repris un communiqué de presse de la Commission municipale de la santé de Wuhan sur son site Web concernant les cas de pneumonie virale à Wuhan ». C’est donc par des informations « open source » que l’organisation internationale a su ce qui se passait à Wuhan, ce que, d’ailleurs, a confirmé Steven Solomon, juriste principal de l’OMS, lors d’une conférence de presse le 4 mai 2020: « Ces rapports sur des cas de pneumonie atypique provenaient de Wuhan lui-même sur Internet », a-t-il dit.

Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’organisation internationale, ira plus loin : Taïwan, selon lui, n’a pas été le premier à signaler les cas de pneumonie de Wuhan. « De nombreux autres pays avaient demandé des éclaircissements » avant Taïwan, a-t-il insinué. De quels pays s’agit-il? Information confidentielle, nous a-t-on répondu.

Autre curiosité, dans un article du Asia Times, on mentionne que des responsables de la santé et des affaires étrangères de Taïwan ont déclaré, lors d’une conférence de presse en mars 2020, que l’île avait appris en décembre l’existence d’une maladie respiratoire émergente à Wuhan, grâce à des expatriés taïwanais. Cette déclaration contredit la version du docteur Lo Yi-Chun, pourtant proche du gouvernement taïwanais. On se perd en conjectures.

Les services de renseignement savaient

Les services de renseignement américains sont avares de parole, mais tout indique qu’elles avaient collecté des informations sur une crise de santé publique à Wuhan dès novembre 2019, ont rapporté deux sources à NBC News. Les renseignements auraient été obtenus à partir d’interceptions de communication et d’images aériennes montrant une activité accrue dans les établissements de santé de l’endroit. Les données auraient par la suite été distribuées à des responsables fédéraux de la santé publique fin novembre.

Une étude menée par des chercheurs de l’Université Harvard semble bien corroborer le témoignage de ces deux sources en évoquant la possibilité que le premier cas de COVID remonterait à août 2019, et non à novembre. Les chercheurs ont collecté 111 images satellites de Wuhan, datant du 9 janvier 2018 au 30 avril 2020; ces images révèlent les environs des principaux établissements de santé de la ville, dont les stationnements. Résultat : elles font voir une forte augmentation du volume d’activités autour de ces établissements à partir d’août 2019 et culminant avec un pic en décembre.

ABC News a rapporté à peu de chose près la même information que NBC News, spécifiant cette fois que les renseignements avaient été colligés dans un rapport du National Center for Medical Intelligence (NCMI) de l’armée américaine. Celle-ci s’inquiétait de la menace que pouvait poser une épidémie aux troupes américaines stationnées en Asie. « Les analystes ont conclu que cela pourrait être un événement cataclysmique », a déclaré l’une des sources d’ABC News à propos des renseignements obtenus par le NCMI. « [Le rapport] a ensuite été soumis à plusieurs reprises » à la Defense Intelligence Agency, à l’état-major interarmées du Pentagone et à la Maison-Blanche.

Qu’a-t-on fait de ce rapport?


Sources

ABC News, Asia Times, Focus Taïwan, France Info, NBC News, Organisation mondiale de la santé, The Gray Zone, The Washington Examiner, Time, Université Harvard, Wikipedia


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