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Pendant que les contribuables passent à la caisse, les élites se remplissent les poches.

L’International Consortium of Investigative Journalists (Consortium international de journalistes d’investigation-ICIJ), un organisme basé à Washington, a mis la main sur près de 12 millions de documents qui lèvent le voile sur un vaste réseau de sociétés-écrans mises sur pied par des membres de l’élite mondiale dans le but évident de transférer des milliards de dollars à l’abri dans des paradis fiscaux.

Or, parmi les gens d’affaires, politiciens ou ex-politiciens et célébrités qui se profilent dans ce que l’ICIJ surnomme les Pandora Papers figurent des centaines de Canadiens, dont David Tassillo, cofondateur de Pornhub, l’une des plus grandes entreprises pornographiques au monde. Tassillo serait lié à deux sociétés enregistrées dans le Delaware – considéré comme un paradis fiscal aux États-Unis – ainsi que dans les îles d’Anguilla et les Îles Vierges britanniques.

D’autres Canadiens ont été nommés dans les Pandora Papers : Elvis Stojko, un ex-patineur olympique, a placé environ 6,5 millions de dollars dans une fiducie au Belize; Joseph Tsai, le deuxième homme le plus riche du pays et le deuxième actionnaire d’Alibaba, serait administrateur ou actionnaire d’au moins une douzaine de sociétés enregistrées dans les îles Vierges britanniques, les îles Caïmans et les Bahamas; Lawrence Stroll, magnat de l’industrie de la mode et copropriétaire de l’équipe Aston Martin en Formule 1, est actionnaire de Superwit Profits Limited, inscrite aux Îles Vierges britanniques.

Un autre, Andrew Evan, un ancien comptable du gouvernement de la Saskatchewan, a permis au roi Abdallah II de la Jordanie d’acquérir 14 propriétés à l’étranger d’une valeur de plus de 106 millions de dollars (États-Unis) au moyen de 36 sociétés-écrans enregistrées aux Îles Vierges britanniques. Le roi aurait acheté ces propriétés entre 2008 et 2017, au moment où son pays était inondé d’argent grâce à l’aide internationale.

En fait, de 2012 à 2019, la Jordanie a reçu 11 milliards de dollars provenant de 38 pays de l’OCDE, d’après le Toronto Star. Pendant cette période, l’aide annuel versé à ce pays par le Canada est passée de 9 millions de dollars en 2012 à 157 millions en 2017 et à 118 millions en 2019. Au total, les contribuables canadiens ont envoyé plus de 750 millions de dollars en Jordanie au cours de la dernière décennie, alors même que le roi de ce pays dissimulait 106 millions dans des paradis fiscaux.

D’autres noms canadiens sont aussi sortis des Pandora Papers, parmi lesquels Jacques Villeneuve, ex-coureur automobile, le millionnaire québécois Firoz Patel, l’ancien avocat britanno-colombien Fred Sharp, et même un cybercriminel originaire de Trois-Rivières, Alexandre Cazes.

L’Agence du revenu du Canada a calculé que jusqu’à 3 milliards de dollars de recettes fiscales sont perdus chaque année dans les comptes à l’étranger détenus par de riches Canadiens. À cet  exode des capitaux s’ajoutent 11,4 milliards de dollars en impôts perdus par l’emploi de filiales de sociétés canadiennes à l’étranger.

À l’échelle mondiale, au moins 11,3 billions de dollars seraient détenus dans des paradis fiscaux selon une étude réalisée en 2020 par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).


Sources

Le Devoir, Radio-Canada, The Toronto Star #1, #2

 

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