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Mohammed al-Rasheed transportait des combattants de l’État islamique en même temps qu’il transmettait des infos au Canada.

Un passeur de l’État islamique basé en Turquie était en parallèle un contact de l’ambassade du Canada en Jordanie. La nouvelle avait été soulevée notamment par le Globe and Mail en 2015 et vient d’être corroborée par le réseau BBC. Mohammed al-Rasheed avait été arrêté par les autorités turques en mars 2015 après avoir transporté trois jeunes femmes britanniques, Shamima Begum, Kadiza Sultana et Amira Abase, en Syrie.

Or, l’homme, apprend-on, informait en sous-main l’ambassade canadienne à Amman, en Jordanie. Il s’y était présenté au préalable en 2013 pour une demande d’asile. Sur place, un certain « Matt » lui aurait promis qu’il allait obtenir la citoyenneté canadienne s’il recueillait des informations sur les activités de l’État islamique.

La BBC a pu confirmer que Rasheed a effectué plusieurs voyages en Jordanie entre 2013 et 2015 jusqu’à son arrestation. L’ex-informateur aurait remis des informations utiles au Canada, ayant entre autres cartographié les lieux où habitaient les combattants occidentaux de l’État islamique en Syrie, ou encore ayant identifié les adresses IP de leurs ordinateurs. Il aurait aussi enregistré des conversations impliquant des complices.

Shamima Begum, l’une des trois femmes qui avaient fui en Syrie avec l’aide de Mohammed al-Rasheed, conteste le retrait de sa citoyenneté britannique, arguant qu’elle était une victime d’un réseau de trafic humain. Son avocat, Tasnime Akunjee, s’est dit choqué d’apprendre qu’un agent du renseignement canadien ait été un élément clé de ce réseau. Il s’agit, a-t-il déclaré, de « quelqu’un qui est censé être un allié, protégeant notre peuple, plutôt que de faire passer des enfants britanniques dans une zone de guerre ».

Shamima Begum, Kadiza Sultana et Amira Abase seraient arrivées à l’aéroport Atatürk d’Istanbul à la mi-février 2015. Al-Rasheed les aurait par la suite accueillies à Gaziantep, toujours en Turquie, où il les aurait fait passer de l’autre côté de la frontière, en Syrie.

Begum, qui avait 15 ans lorsqu’elle est allée rejoindre l’État islamique, est retenue dans un camp de détention dans le nord-est de la Syrie. Sa nationalité britannique lui a été retirée en 2019.

Ni le Canada ni le Royaume-Uni n’ont voulu commenter l’affaire, évoquant des questions de sécurité.


Sources

BBC, The Globe and Mail

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